Farshad: réfugié iranien en sursis

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Le jeune homme défendu par son pasteur et un avocat a déposé un recours. Tous trois tentent d’alerter les autorités sur les risques encourus en cas de renvoi.

Farshad est un étudiant fribourgeois en instance de renvoi vers son Iran natal. Du moins si le recours qu’il a déposé auprès du Tribunal administratif fédéral n’aboutit pas. Sa demande d’asile a en effet été refusée par le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). «En Iran, parce que je suis né musulman et que j’ai quitté l’islam, je suis un apostat et je risque la peine de mort» déclare le jeune homme de vingt-deux ans.

Battu en prison
Farshad sait de quoi il parle. Il y a cinq ans, il a été incarcéré pendant onze jours après qu’un livre sur la foi baha’ïe, religion syncrétiste née en Iran, a été découvert dans ses affaires. Battu, torturé et menacé de mort, il a été libéré en signant un document dans lequel il s’engageait à ne plus discuter avec des personnes d’autres religions que l’islam ni à s’y intéresser. Insatisfait de l’islam, le jeune Iranien finit par s’en distancier. Il rencontre alors des chrétiens, adhère au message de l’Evangile et commence à fréquenter une Eglise de maison. Celle-ci est fermée par la police et Farshad se sait surveillé et recherché. Sa famille le pousse à quitter clandestinement le pays.

Difficile de prouver une conversion
Ni son intégration rapide par l’apprentissage du français, ses études ni sa fréquentation assidue de l’Eglise SOS Church de Bienne depuis quatre ans ne sont des arguments recevables aux yeux des autorités helvétiques. Le SEM juge même le récit de Farshad invraisemblable. «Le christianisme est une religion de liberté. Il est difficile de démontrer que l’adhésion est sincère. Il n’y a pas de définition stricte de ce qu’est une conversion; celle-ci n’est pas normée par un ensemble de pratiques» défend Olivier Bigler, son avocat. «Nous sommes à la frontière entre la théologie et le droit.» Il rappelle que l’Iran est une théocratie dont l’islam est la religion d’Etat. «Les apostats subissent du harcèlement et risquent de lourdes peines de prison et même dans certains cas, la peine de mort.» L’avocat demande aux autorités suisses la prise en compte de cette réalité.
Timothée Zürcher, pasteur de la SOS Church, déplore la naïveté du SEM sur la situation des chrétiens en Iran. Il ne doute pas un instant de la foi et de la sincérité de l’étudiant: «Il a une amoureuse, il aurait pu se marier et obtenir des papiers par ce moyen, mais à ses yeux, le mariage a trop de valeur pour ça.»

L’intervention des spécialistes
Au mois d’août, Portes Ouvertes publiait un document de dix pages à l’intention des services d’immigration sur la question précise des chrétiens iraniens. «Les autorités ont malheureusement appris à se méfier de cette catégorie de demandeurs d’asile. Nous les exhortons à s’intéresser aux discours personnels et à les écouter avec bienveillance» déclare son directeur Philippe Fonjallaz. En effet, «certains chrétiens iraniens nés musulmans n’ont eu que des contacts limités avec d’autres chrétiens sur place. D’autres se sont convertis par des médias sociaux ou des vidéos et ont peu de connaissances bibliques.» De telles situations demandent beaucoup de sagesse de la part des Eglises suisses.
Pour les échéances à venir, Farshad se veut confiant: «J’ai espoir que Dieu, par son Esprit, va parler au juge pour qu’il prenne la bonne décision.»

David Métreau

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