Non, le bégaiement ne définit pas Philippe

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Philippe bégaie depuis tout petit. Aujourd'hui adulte, ses souvenirs face à cette difficulté s'effacent. Mais il garde en mémoire les émotions et les traces qui mettent du temps à disparaître. Surtout, il a compris que son élocution ne le définit pas.

Retour en arrière dans le temps. A l'école, Philippe a de la chance car ses amis le prennent comme il est. Et si besoin, son caractère lui permet de savoir se défendre. Mais des situations embarrassantes, il en vit. Philippe appréhende par exemple les moments où il faut prendre la parole tour à tour, réciter une poésie devant la classe ou poser une question. Tout cela est compliqué et génère beaucoup d’appréhension, même s’il peut compter sur le regard encourageant de ses parents.

Vers l’âge de 10 ans, Philippe bénéficie du soutien d'une logopédiste dans le cadre de l’école. Mais les changements sont minimes, voire inexistants. Deux ans plus tard, il effectue une semaine chez une logopédiste plus spécialisée dans le bégaiement. Elle lui apprend à ralentir sa diction, à s’appuyer sur des gestes pour séquencer ses syllabes, à faire correspondre une phrase ou une section de phrase avec une seule expiration d’air. Il voit quelques résultats, mais il éprouve des difficultés à appliquer cela au quotidien.

Limité dans ses paroles
Vers 15 ans, dans une soirée, une fille lui demande son prénom. Sentant que «Phhhhhhi….» ne viendrait pas, c’est «Georges» qui sort de sa bouche! Au sein d’un groupe, Philippe prend la parole pour plaisanter et faire des gags, mais très rarement pour donner un avis. Il ne veut pas montrer son bégaiement. Il préfère se taire plutôt que de prendre le risque de bégayer. Malgré le fait d’avoir des amis, un certain sentiment de solitude est présent.

Philippe voit alors une émission à la télévision qui parle d’une méthode très efficace développée par un bègue. Il l’expérimente, puis décide finalement de l'arrêter, celle-ci ne s’intéressant qu’au-dessus de l’iceberg. Lui, il cherche à régler des choses intérieures, pas seulement à modifier la mécanique de son langage.

La foi, un réconfort
A 20 ans, Philippe découvre la foi. Il trouve un certain apaisement intérieur qui se répercute plus ou moins dans son élocution. Des gens ont prié mille fois pour un miracle. Mais Philippe a vraiment la conviction que Dieu veut travailler son cœur dans la continuité. Son élocution, elle n’a en tout cas jamais posé problème à Dieu dans son désir de vivre quelque chose de fort avec lui! Parfois, Philippe a même parlé de sa foi en public. Et là, comme porté, il a pu témoigner de manière libre.

Apprendre à vivre avec
C’est comme si Dieu avait voulu montrer à Philippe -tout en ne le laissant pas seul face à ses souffrances- que son élocution ne le définissait pas. Au lieu de le guérir du bégaiement le plus rapidement possible, Dieu souhaitait que Philippe se réconcilie avec lui-même. Dans son cas, le bégaiement est la face visible d’émotions intérieures trop fortes.

Aujourd’hui, Philippe a repris contact avec une logopédiste. La démarche est bénéfique. Ayant effectué passablement de chemin dans sa vie intérieure, celle-ci constitue une aide technique. Le bégaiement n’est plus un ennemi à abattre au plus vite. Ce n’est pas un ami non plus. Philippe ne veut pas donner plus de place à ce bégaiement qu’il n’en faut, il veut juste entreprendre ce qui est possible pour bénéficier de quelques améliorations.

Il y a une chose que Philippe aurait voulu qu’on lui dise à l’âge de 16 ans et qu'il n’a compris que des années plus tard: son élocution ne le définit pas. Qu’il bégaie ou pas, il est merveilleux aux yeux de Dieu.
Peut-être qu’autour de toi, des potes vivent la même chose. Les rencontrer, travailler ensemble et dédramatiser peut avoir beaucoup d’effets positifs.

Par Joëlle Lehmann

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